L’oeuvre au noir

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Questionner l’évidence c’est la briser.
L’univers est une évidence brisée.
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Je souhaite la rencontrer.
Je vais essayer après manger et ensuite j’irai courir un peu puis je rentrerai.
Je penserai au chien qui m’accompagne.
Un dialogue avec ce qui ne parle pas.
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Tout est là .
«La pierre, le vent, l’eau, le feu, la plante, l’animal,
tous accusent l’homme, car il peint la terre en rouge.
Et c’est le sang»
Il ne s’agit plus de mettre des couches de peinture sur la pomme morte pour la faire briller.
Ce qui ne parle pas pousse un cri effroyable.
Besoin de transformation économique, écologique, sexuelle, identitaire...pas vraiment, tout ça c’est du vernis.

En vérité, nécessité de transformation de l’être humain: oeuvre d’art, peinture véritable.
Non pas se perdre, l’errance c’est fini.
La fin de l’errance peut être une oeuvre d’art. Peut-être.
Pas de réelle transformation possible avec les outils de production de l’ancien monde.

Les outils qu’on y trouve produisent la mort.
Ne plus produire des formes.
Donner des formes.
Il ne s’agit plus de mise en espace.
Il s’agit de vivre comme des oeuvres d’art. Comment ouvre l’Art ?
Il ne s’agit plus de marchander.
Pour aller vers l’inconnu, il faut user d’outils inconnus. Pour en parler, il faut un langage inconnu.
Aller vers l’Obscurité.
Et si l’ombre grandit dans les temples :
Églises, Musées, Bâtiments administratif à la gloire de l’État...

Alors il faut y entrer pour y apporter notre lumière, comme une performance dans le décors qu’on appel réalité.

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D’abord il faut décamper son personnage. Celui de la comédie humaine. La fin du théâtre où tout est faux.

La fin du théâtre où tout est pris dans un étau et rien ne passe. Les murs du décors se rapprochent et rien ne se passe. Plus rien ne «se» passe sur scène.

Les faux décors vont nous aspirer, nous mâcher, nous digérer et nous rejeter sans substance.
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Ouvrir la mâchoire, lâcher et sortir de l’aveuglement des décors : telle est mon oeuvre d’art ici et maintenant

en vérité.
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Non-intuition philosophique :
«L’être humain ne peut se saisir lui-même»
Intuition artistique :
Nous ne faisons que nous saisir.

Ce n’est pas qu’on ne peut pas arriver à se saisir.

C’est qu’on ne peut pas se lâcher.

«Ça» presse, «ça» compresse. La «morsure de l’ensoi» (J. Joyce).
Mettre un pied devant l’autre.
Mettre le corps quelque part permet de rejoindre la pure conscience.
Celle qui ne nous appartient plus.
Celle qui a donné vie à Esprit de l’art.
Ouvrir la mâchoire et lâcher la matière.
Lécher la matière, comme un chien qui lèche ton âme.
Acte de l’être/artiste qui vient essayer d’écarter les crocs du chien qui ne veut pas lâcher sa proie/croix.

On l’a déjà vu cet artiste dans l’histoire.
Sa peau était souvent noire.
Ses bijoux étaient souvent en or.
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Tous les soirs quand je plie ma serviette et que je la roule je me dis toujours qu’elle va être trop fine pour bien tenir dans mon rond de serviette.

Je me dis que je devrais faire un plie de plus avant de la rouler sur elle- même.

Mais je le fait jamais parce que ce serait trop de plis et alors le rond de serviette serait trop étroit. J’enfile la serviette dans le rond et il y a comme un petit suspens.

C’est le temps qui se suspend. Et finalement oui, c’est trop fin mais je fais toujours le même geste qui ajuste un peu le tout.

Et ça tient à peu près. Suffisamment.

Alors je la met dans le tiroir à serviette à côté des autres serviettes qui on l’air de si bien tenir dans leur rond de serviette.
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On s’ouvre en fermant les yeux ; les paupières comme deux lames acérées. Viennent couper quelque chose.
Couper le serpent.
Celui qui se mort la queue.
Celui qui nous enserre dans des concepts d’infinis qui ne sont pas fait pour nous. L’ourouboros et son concept exotique à la mode de l’ancien temps.
La vérité est que personne ne peut le comprendre et pourtant ça passe pour de la sagesse.

Qu’il brûle !
Au lieu de nous dévorer et de se dévorer et de tout dévorer.
La mort des dieux sombres : oeuvre d’art.
Plus rien ne nous empêchera de perdre le temps.
Une oeuvre d’art avec les yeux fermés.
Une oeuvre d’art de la guerre.
Appelez ça «performance des paupières qui coupe le cercle de la suffocation.» Les paupière de l’artiste qui font couler le seul sang qui doit couler.

Celui qui nourrira enfin les pierres, le vent, le feu et l’ensemble du vivant. L’art comme véritable offrande.
Le temps des cercles et des serpents est fini.
On voit le cercle s’ouvrir et apparaître la spirale au fond de nos oeuvres d’art. On voit apparaître la vie.
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Par delà le bien est le mal.
Par delà le bien et le mal, la beauté.
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Le clan se délie la langue et se dévoile. Des paroles écrites en noir su blanc:

 

Ginsberg : «Chaque vague est à la foi LA vague et UNE vague.
Comme chaque individu qui est à la foi lui-même et Un être humain. Lui même et toute la race humaine.

Il y a un UN dans la multitude. Mais c’est l’être humain qui le poétise. Sans l’Homme cela est plein.»

 

Hérodote : «Cet état c’est l’état de l’enquêteur qui va vers l’inconnu avec amour. Cet état c’est l’amour.» Nathanaël : «C’est aussi l’état du sorceleur, cet état c’est l’effroi.»
Marie: «C’est l’état du petit homme/artiste que tu es.»

 

Yourcenar : «C’est l’oeuvre au noir, vers le sombre inconnu où on ne peut être qu’un sombre inconnu.

C’est l’abîme»

 

Nora: «C’est un état esthétique qui enlève toujours la couche du «banal». Ou qui pousse l’ordinaire dans ses retranchements. Le banal tranché, retranché. On observe la tranche dans une vue en coupe et on joue à être des scientifiques :))»

 

Nathanaël : «Le sorceleur met sa robe blanche et or pour disséquer et observer les strates de «la réalité». Là sur cette tranche retranchée. TRANCHÉE milles fois. Mais chaque individu à besoin de le faire.»

 

Marie : «Rejoue le monde, toujours. Quand on te dit que ça a déjà été fait, n’écoutes pas! Refaites et ce sera pareil mais différent, comme les vagues de Ginsberg.»

Nathanaël : «On dit que les vagues échouent. Je vais m’échouer. M’échouer dans le réel. Mais en échouant inlassablement les vagues creusent la roche. Je vais essayer d’échouer à chercher l’Être, à chercher le rapport esthétique au coeur brûlant des choses. Ce coeur ardant qui a porté un jour le nom de Dieu, un autre jour le nom de sentiment esthétique. Des millions de noms différents.»
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Dialogue avec ce qui se tait :

 

Romain: «Je ne crois pas à l’Esprit de l’art. À l’art comme une entité qui nous dépasse.»
Le sorceleur : «Tu as oublié que ta vie est courte et que tu vas mourir. Avant toi et après toi, il y a..... toi qui n’est pas toi ....veux-tu le com/prendre ?
Un manque d’humilité au sein des artistes ?
Ou plutôt un manque d’humilité dans le propre sein de l’Homme.
Symptôme d’une société.
On ne retient que «Dieu est mort» et on oublie la suite du discours.
Tu la connais?
Nihilisme artistique, ta richesse pue le sang de ceux qui crèvent.
La mort de Dieu n’est joie que si l’Homme devient artiste.
Que si l’homme fini «son» oeuvre,
à savoir devenir être-humain.
Sinon c’est la tragédie dans laquelle nous vivons.
Ici est maintenant, des petits bébés te gouvernent.
Ils se battent pour gagner.
Petits bébés font des sourires semblables à des grimaces.
Petits bébés avec gros jouets et vilaines poupées.
Depuis d’invisibles lumières, je te propose une oeuvre d’art : un sourire en vérité.
Une performance hors-décors.
Petit bébé ne peut pas être artiste.»
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